Photo : Académie de droit international de La Haye – avec l’aimable autorisation du Secrétaire général
MAURICE FLORY
(1925-2021)
Né à Paris le 19 juin 1925, Maurice Flory fait partie des internationalistes qui ont marqué de leur empreinte la doctrine du XXe siècle, notamment à travers ses écrits consacrés au droit international du développement. Fils d’Elisabeth Blondel et du sénateur Charles Flory – et, par conséquent, petit-fils du philosophe « moderniste » Maurice Blondel – Maurice Flory est issu d’un milieu chrétien dont l’ouverture sur le monde s’est reflétée tout au long de sa vie dans sa réflexion juridique. Il est le frère aîné de Thiébaut Flory, autre internationaliste de renom.
Diplômé de l’École libre des sciences politiques (1946), Flory a réalisé sa thèse sur « Le statut international des gouvernements réfugiés et le cas de la France libre (1939-1945) ». Ce travail sur un sujet sensible à l’époque lui a permis d’obtenir le titre de docteur en droit (1950). La thèse a été publiée chez Pedone en 1952 avec une préface [mise en ligne avec l’aimable autorisation des Editions A. Pedone] de René Cassin. Après sa réussite au concours d’agrégation en 1952, Flory entame sa carrière de professeur de droit, qu’il démarre au Maroc, à la Faculté de droit de Rabat (1952-1956). Cette affectation n’est pas étrangère au fait que Flory avait été précédemment recruté par le Sultan du Maroc pour aider le prince héritier à préparer son diplôme de droit, ainsi qu’il l’a confié dans un entretien enregistré en 2009.
Une pensée juridique tournée vers le « monde arabe »
Le contexte socio-politique dans lequel il évolua – celui d’un pays du Maghreb en quête d’indépendance – a profondément influencé sa pensée juridique. Il a ainsi consacré ses premières publications à l’analyse de la décolonisation et de ses conséquences.
Flory est ensuite revenu en France pour occuper le poste de professeur de droit international à la Faculté de droit et de science politique de l’Université d’Aix-Marseille (1956-1967). Mais son attachement au « monde arabe » et en particulier au Maghreb a perduré. Au cours de cette période, il a régulièrement publié dans l’Annuaire français de droit international – pour lequel il a d’ailleurs rédigé le premier article du tout premier volume (1955) – des analyses juridiques substantielles s’attachant à expliquer les revendications du peuple algérien dans le cadre du processus d’accession à l’indépendance de l’Algérie (1959-1962).
Après onze années passées à Aix-en-Provence, Flory est retourné au Maroc « à cause de l’affaire Ben Barka », déclara-t-il dans le même entretien de 2009, en tant que conseiller culturel à l’ambassade de France de France et chef de la mission culturelle française (1967-1971).
Sa carrière professionnelle s’est à nouveau poursuivie puis terminée à la Faculté de droit et de science politique d’Aix-en-Provence au sein de laquelle Flory a enseigné jusqu’à son départ à la retraite (1971-1993). Il y fut nommé professeur émérite et honoraire (1993).
Une œuvre institutionnelle importante
La carrière de Flory a été marquée par une activité institutionnelle importante. Il a notamment été à l’origine de la création de deux centres de recherche : le Centre de recherches et d’études sur les sociétés méditerranéennes (CRESM, fondé en 1968), qu’il a dirigé durant treize ans (1971-1984), et le Centre d’études et de recherches internationales et communautaires (CERIC, fondé en 1973), à la tête duquel il fut sur une période de cinq ans après sa création.
Visionnaire concernant l’importance à accorder aux pays du Maghreb dans le milieu de la recherche, Flory a notamment été à l’initiative de la création de l’Annuaire de l’Afrique du Nord, au sortir de la guerre d’Algérie (1962).
Un pionnier de la pluridisciplinarité et du droit international du développement
Tout au long de sa carrière, Flory a travaillé en étroite collaboration avec ses collègues d’autres disciplines – historiens et sociologues spécialement – notamment lors de la création du CRESM.
Dans un ouvrage portant sur Les régimes politiques arabes écrit avec l’historien Robert Mantran (paru en 1968, et dont la dernière édition date de 1990), Flory a étudié la place des pays arabes dans la société internationale, particulière en raison de la « puissante volonté d’unité culturelle » qui lie ces États (Chapitre 4). Son expertise de juriste de droit public, couplée à sa connaissance du « monde arabe », l’ont amené à interroger l’existence d’« un système politique arabo-musulman » (Chapitre 3).
En avance sur son temps, Flory a également développé cet « aspect nouveau des relations internationales » que constitue le droit international du développement. Il a ainsi associé les deux notions essentielles de développement et de coopération dans son cours donné à l’Académie de droit international de La Haye intitulé « Souveraineté des Etats et coopération pour le développement » (1974).
Son œuvre s’est rapidement élargie et a suivi les évolutions de la société internationale. Dans la continuité de son cours donné à La Haye, Flory a poursuivi l’étude du droit international du développement dans un ouvrage du même nom « écrit dans une langue claire et limpide » (G. Fischer), paru en 1977. Sa réflexion, engagée, traduit sa conviction profonde selon laquelle le droit international doit être repensé et mis au service de la justice sociale. Comme il a pu l’écrire dans le Droit international du développement (p. 31), « [a]insi se précise la nature du droit international du développement : un droit au service d’une finalité qui est, à l’échelle des relations internationales, la lutte contre le sous-développement et la recherche d’une véritable indépendance pour les pays sous-développés ».
Humilité et lucidité
Grand défenseur des – nécessaires – adaptations de la société internationale, Flory a néanmoins consacré plusieurs de ses dernières contributions à des concepts plus « traditionnels » de droit international public. Il a par exemple approfondi l’étude de la relation étroite qu’entretiennent l’Etat et le territoire en droit international (1996).
Humble et lucide, Flory a également admis vingt ans après la parution de son plus grand ouvrage l’échec du droit international du développement auquel il a consacré tant de réflexions, dans une ultime contribution intitulée « Mondialisation et droit international du développement » (1997).
Maurice Flory s’est éteint le 20 novembre 2021 à Aix-en-Provence. L’image consensuelle que gardent celles et ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin demeure celle d’un grand professeur et d’un « juriste talentueux et résolument moderne » (M.-P. Lanfranchi).
Grégoire HEURTEAUX
Doctorant contractuel à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IREDIES)
Sources : J. Despois, « Annuaire de l’Afrique du Nord », Annales de géographie, 1964, vol. 400, pp. 732-733 ; G. Fischer, « Maurice Flory. Droit international du développement », Politique étrangère, 1978, n°3-3, pp. 356-357 ; M. Flory, « Souveraineté des Etats et coopération pour le développement », RCADI, 1974, vol. 141, pp. 255-329 ; Hommage à Maurice Flory par J.-R. Henry et A. Mahiou , IREMAM, 2021 ; M.-P. Lanfranchi, « In Memoriam. Maurice Flory (1925-2021) », AFDI, 2021, vol. 67, pp. 7-9 ; F. Siino, S. Denis, J.-R. Henry, « Entretien avec un professeur d’université né en 1925 de nationalité française sur la coopération au Maroc », Archives de la recherche et phonothèque de la MMSH, 2009
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Ouvrages
Le statut international des gouvernements réfugiés et le cas de la France libre, 1939-1945, Paris, Pedone, 1952, 312 p.
Droit international du développement, collection Thémis-Droit, PUF, Paris, 1977, 336 p.
Les régimes politiques arabes (avec B. Korany, R. Mantran, M. Camau, P. Agate), collection Thémis-Science politique PUF, Paris, 1990, 558 p.
Direction d’ouvrages
L’ordre alimentaire mondial (dir. avec J. Bourrinet), Paris, Economica, 1982, 332 p.
Le système régional arabe (dir. avec P.-S. Agate), Paris, Ed. CNRS, 1989, 380 p.
L’enseignement du droit musulman (dir. avec J. R. Henry), Paris, Ed. CNRS, 1989, 376 p.
La liberté de circulation des personnes en droit international (dir. avec R. Higgins), Paris, Economica, 1989, 264 p.
Terrorism and International Law (dir. avec R. Higgins), London/New-York, Routledge, 1997, 382 p.
Cours
« Souveraineté des Etats et coopération pour le développement », RCADI, 1974, vol. 141, pp. 255-329
Articles
« Les bases militaires à l’étranger », AFDI, 1955, vol. 1, pp. 3-30
« Algérie et droit international », AFDI, 1959, vol. 5, pp. 817-844
« Décolonisation et succession d’Etats », AFDI, 1966, vol. 12, pp. 577-593
« Relations culturelles et Droit international public », AFDI, 1971, vol. 17, pp. 61-84
« La troisième décennie pour le développement, AFDI, 1980, vol. 26, pp. 593-605
« La crise de l’UNESCO », AFDI, 1985, vol. 31, pp. 653-670
« A la recherche d’une définition », in M.-J. Domestici-Met (dir.), Aide humanita re internationale : un con ensus conflictuel ?, CERIC, Paris, Economica, 1996, pp. 27-34
« Mondialisation et droit international du développement », RGDIP, 1997, vol. 101, pp. 609-633 (article mis en ligne avec l’aimable autorisation des Editions A. Pedone)
Hommage
M.-P. Lanfranchi, « In Memoriam. Maurice Flory (1925-2021) », AFDI, 2021, vol. 67, pp. 7-9
La Méditerranée espace de coopération. En l’honneur de Maurice Flory, CERIC, Economica, 1994, 372 p.
Mise en ligne : mars 2026