Appel à communications : « Guerre et souveraineté. Revisiter un débat canonique par l’interdisciplinarité »

Appel à communications : « Guerre et souveraineté. Revisiter un débat canonique par l’interdisciplinarité »

7-9 juin 2022

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (amphithéâtres Oury et Richelieu)

Appel à communications complet (PDF)

 

Date limite d’envoi des propositions de communications : le lundi 31 janvier 2022

 

Participant du décloisonnement des études sur la guerre dans le cadre du programme Sorbonne War Studies de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (https://cessp.cnrs.fr/Programme-Sorbonne-War-Studies-SWS-ERC). cet appel à communications propose de revisiter de façon interdisciplinaire le lien entre guerre et souveraineté à travers la transformation de l’État et des pratiques de gouvernement en matière de sécurité.

Expression de forces à l’oeuvre dans toutes les sociétés humaines, l’activité guerrière est une modalité parmi d’autres de l’action politique. Le postulat d’une nécessaire banalisation épistémologique de cette activité collective entraîne deux difficultés notables. Si le phénomène guerrier est ordinaire, au sens de routinier dans l’histoire, il est pourtant difficile de la saisir en entier dans une définition compréhensive qui rende compte de ses formes nombreuses et de ses dynamiques singulières. Il est par ailleurs contre-productif de l’observer en l’isolant du contexte politique, économique et social dans lequel il surgit, car ce contexte contribue précisément à son surgissement et à son déploiement, à toutes les échelles de temps et d’espace. Le défi consiste donc à appréhender la guerre sans présupposer une quelconque exceptionnalité au regard des relations sociales et de la soumettre à une méthode d’analyse déchargée de toute connotation péjorative, méliorative ou performative. La guerre a, en outre, ses définitions classiques : acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté (Clausevitz 2014), limité dans le temps et l’espace et soumis à des règles juridiques variables (Bouthoul 1957) qui permettent à deux ou plusieurs groupes de mener ce conflit armé (Wright 1942). Dans ces définitions, marquées par la centralité de la violence organisée, l’Etat est souvent implicitement ou explicitement considéré comme l’acteur unique ou principal, en tout cas comme le plus digne d’observation (Aron 1962).

La réalité empirique déborde toutefois le périmètre des définitions classiques. Comment s’y retrouver entre, les désignations typologiques (‘guerre civile’, ‘interétatique’, ‘limitée’, ‘totale’, ‘révolutionnaire’, ‘nucléaire’, ‘asymétrique’, hybride’) ou fonctionnelles (‘urbaine’, ‘cyber’, ‘de l’espace’, ‘de religion’, voire ‘économique’, ‘psychologique’) des praticiens, l’inflation des “studies” (war, strategic, defense, security, intelligence etc…) et le foisonnement des qualificatifs désormais associés au risque et à la ‘sécurité’ (humaine, environnementale, économique, sanitaire, etc.) plutôt qu’à la menace et à la guerre chez les théoriciens ?

L’exploration interdisciplinaire du lien entre guerre et souveraineté incite à interroger la transformation de l’exercice de la souveraineté, mais également, l’organisation des sociétés humaines. Bien que la guerre soit classiquement conçue comme un mode de relations – certes particulier – entre des Etats, de nombreux auteurs relèvent depuis longtemps qu’elle implique aussi des acteurs non gouvernementaux infra-étatiques, supra-étatiques voire trans-étatiques, parfois privés (Flint 2005 ; Leander 2005 ; Gros 2006 ; Strachan et Shiepers 2011 ; Kaldor 2012). Cette tendance est le reflet d’une évolution plus profonde marquée par un bousculement de nos repères concernant la territorialité westphalienne et l’appréhension wéberienne de la légitimité étatique, et un redéploiement de la place des Etats dans la dynamique des sociétés (Agnew 1994 ; Castells 1996, Sassen 1995 ; Strange 1996 ; Hibou 1999).

Les États se sont donné mutuellement des garanties de survie sans précédent, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et tout au long du processus de décolonisation. Ils ont, en ce sens, puissamment consolidé la norme de souveraineté et ses corollaires en général (Badalassi 1994 ; Biersteker et Weber 1996; Dardot et Laval 2020), et dans le cadre de la guerre en particulier (Glanville 2013 ; Patrick 2019). En droit, le principe de souveraineté fonde la définition moderne de l’Etat et renvoie à la puissance de commandement, au-dessus de laquelle ne se trouve aucune autre puissance. Ce principe s’applique dans le champ politique interne et dans le champ externe. Dans le premier cas, un Etat est souverain dans la mesure où il exerce sur un territoire donné une domination légitime, inaliénable et impersonnelle (Weber 2003). Dans son territoire, il fait et défait les lois, il les exécute, il rend la justice, recourt à la force… Dans le champ externe, l’Etat souverain jouit en théorie d’une reconnaissance par les autres Etats, sur le plan diplomatique et militaire et dans l’ordre juridique international.

Il ne s’agit pourtant que d’une définition parmi d’autres de la souveraineté. La souveraineté selon Bodin (1576) et Hobbes (1651) ne se superpose pas en effet à la souveraineté du contrat social de Rousseau (1762), ni à celle de Sieyès (1789). La souveraineté de l’Etat ne se confond pas nécessairement avec celle du peuple ou avec celle de la nation, même si la formation du concept d’Etat-nation vise précisément à faire coexister ces deux souverainetés. Un éclairage socio-historique s’avère donc indispensable pour révéler le concept juridique d’Etat (Elias 1994 ; Chevallier 2003 ; Tilly 1992) et, partant, pour révéler ses attributs, dont celui de « vouloir » et de « faire » la guerre.

Le modèle de l’Etat-nation souverain demeure largement dominant comme cadre et contenant des pratiques sociales, mais la souveraineté des Etats est renégociée sous l’effet de tendances de fond qui transforment les manières de concevoir, de préparer, de commencer et de mener les guerres : le tournant néolibéral et néomanagériale, la mondialisation et l’interdépendance des économies, la globalisation financière, la multiplication d’acteurs non étatiques dont le déploiement transgresse le maillage des Etats et l’affirmation d’organisations réticulaires, les régionalismes à différents niveaux, le renforcement de certaines institutions internationales… Et la guerre contribue elle aussi à redéfinir les contours et les modalités d’exercice de la souveraineté, dans les champs interne et externe des relations politiques. Dans cette perspective, il est nécessaire de porter une attention particulière entre autres aux relations entre la souveraineté des Etats et leur manière d’envisager ou de faire la guerre dans des espaces incertains peu ou pas territorialisés, tels que la haute mer, l’espace extra-atmosphérique et le cyberespace. Les propositions de communications interdisciplinaires sur ces aspects seront les bienvenues.

Ce sont les effets de ces tendances sur la dialectique guerre/souveraineté que ce colloque entend analyser. Les propositions empruntant ou discutant des concepts, des méthodes et des théories à d’autres disciplines, ou celles portées par deux ou plusieurs spécialistes de disciplines différentes sont vivement encouragées. Les propositions de communication feront 5 000 à 6 000 signes. Elles seront précédées d’un résumé de 100 mots et suivies d’une liste de 5 références bibliographiques. Elles seront envoyées à Yann Richard (Yann.Richard@univ-paris1.fr) avant le 31 janvier 2022. Le comité scientifique rendra son avis avant le 1er mars 2022.

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